Quels sont les usages et les tendances de nos ados dans leur monde numérique ? A l’occasion de la rentrée des classes, plusieurs sondages et études sont arrivés en même temps pour nous éclairer sur ce sujet.*

 

Le smartphone devenu objet social

 

Tout d’abord le point d’entrée quasi unique des ados dans le monde numérique est bien le smartphone.

Il est donc logique que l’âge du premier smartphone ne cesse de baisser. Il est aujourd’hui de 11,5 ans, et 89% des ados de 12 à 17 ans en possèdent un. De quoi ostraciser tout enfant qui n’aurait pas eu la chance d’en avoir un avant cet âge.

Pour les ados de cette nouvelle génération, le smartphone n’est pas un simple téléphone. C’est devenu un objet social absolument indispensable dans leur vie. Ils s’en servent pour leurs relations sociales et sentimentales. Ils l’utilisent pour converser avec leurs amis, se mettre en scène, regarder des vidéos, faire des photos/videos, jouer, et il arrive même qu’ils téléphonent avec.

C’est là un grand changement. Car si avant, en tant que parent, nous pouvions avoir l’illusion d’être en mesure de choisir l’âge du premier téléphone, cette époque semble définitivement derrière nous. C’est maintenant l’entrée en 6ème qui décide quand arrivera le premier téléphone. De même, penser utiliser la menace de la confiscation en cas de problème, semble une solution complètement décalée par rapport à la réalité. C’est le genre de menace qui vous décrédibiliserait immanquablement.

L’usage du smartphone n’est pas un usage dédié, il est permanent. C’est leur vie. D’ailleurs un nouveau terme est apparu : FOMO pour Fear Of Missing Out. Cette nouvelle phobie est liée à la peur d’être sans son smartphone. 28% de nos ados en serait atteint ! L’obligation de lire tous les messages reçus de jour comme de nuit devient une nécessité par peur de manquer quelque-chose. C’est un vrai sujet d’éducation et de la manière d’aborder les relations au numérique. A noter que ce problème potentiellement très impactant, n’est pas l’apanage que des ados…

 

Que font-ils dans le numérique ?

 

Leurs usages sont très divers. Ils écoutent de la musique, ou plutôt ils consomment de la musique de manière illimitée avec Spotify ou Deezer.

Ils regardent des vidéos, principalement sur Youtube : musiques, tutos, sports, humour et surtout des Youtubers plus ou moins tendance. Mais ils regardent aussi des vidéos montrant d’autres ados (ou pas) jouant à des jeux video (plateforme Twitch).

Ils jouent aux jeux video, sur mobile mais aussi sur consoles, qui maintenant sont toutes connectées et font parties intégrantes de leur monde. En plus des classique jeux de sport de type FIFA (c’est du football), les jeux à la mode sont les Battles Royales comme Fornite ou PUGB.

Vous ne connaissez pas la Battle Royale ? Essayez ! Vous ne ferez pas deux minutes. Le temps de ramasser une arme aussi ridicule que vous pour essayer de vous défendre, et vous vous ferez dézingué par FatalNinja66 ou SavageLea, car les filles s’y mettent aussi… Ils peuvent certes y passer des heures, mais ils sont en ligne et se parlent entre eux à travers leur casque. Former une équipe dans l’adversité,  avoir de l’astuce, des réflexes, et favoriser le travail en groupe, cela reste bon enfant et amusant pour eux. Tout est question de dosage…

Mais le principal du temps numérique est passé sur les réseaux sociaux. Le lieu principal de leur vie sociale et sentimentale.

 

Les réseaux sociaux et les ados

 

Les ados ont besoin du groupe pour se construire. Il est logique que la place des réseaux sociaux soit prépondérante dans leur vie numérique.

En classe de 3ème, 9 ados sur 10 sont inscrits sur au moins un réseau social et il y a plus de filles inscrites que de garçons (93% contre 88%).

Par contre, ce qui peut sensiblement poser problème est qu’en 6ème, ils sont 54% (58% des filles et 50% des garçons) à être sur les réseaux sociaux.

La loi sur le Règlement Général pour la Protection des Données (RGPD), interdit depuis le 25 mai dernier les réseaux sociaux au moins de 13 ans… Il y a là une pratique qui démarre tôt et qui surtout commence sur la base d’un mensonge, souvent avec l’accord tacite des parents. A méditer.

Les réseaux sociaux leur permettent d’avoir de nombreux contacts, bien au-delà du périmètre de leur classe et même de leur école : 53% des élèves de 5e affirment avoir entre 50 et 400 contacts dans le réseau qu’ils utilisent le plus. Les élèves les plus « populaires » sont entre 400 et 1000 contacts, et ils représentent 11% des élèves. Là aussi, on peut s’interroger sur la qualité de ces contacts et surtout de leur authenticité, car à ce niveau il est peu probable qu’ils les connaissent tous.

 

Quels réseaux sociaux utilisent-ils ?

 

Si vous pensez que réseau social = Facebook, il est temps de se mettre à la page. Facebook est un réseau social qui permet d’avoir des relations avec les grands-parents, selon leurs propres termes.

Si dans les comptes souscrits, Snapchat arrive en tête avec 62 %, devant Facebook (53 %) et Instagram (50 %), dans les usages quotidiens c’est Snapchat (85%), Instagram (67%) et TikTok (42%) qui sont les plus plébiscités.

La tendance actuelle est que la filiale de Facebook (Instagram) est en train de détrôner Snapchat. Aux Etats-Unis, cela serait déjà le cas. A noter que le nouveau venu qui est en ce moment en tête des téléchargements chez les ados s’appelle TikTok (anciennement Musica.ly). Cette plateforme est un autre moyen de se mettre en scène à travers des playbacks filmés.

Même si dans ce monde les modes changent vite, il y a un invariant dans ce que recherche les ados dans leur réseau social : l’égotrip.

La vie sociale des ados passe par une mise en scène qui embellie l’image qu’il donne de leur vie réelle. Celle-ci doit paraître plus belle, parfaite et montrer le moins possible les failles et les doutes qui les animent naturellement durant cette période.

C’est pourquoi toutes les applications qui servent ce besoin sont potentiellement intéressantes pour eux.

Un autre invariant est que cela doit rester un territoire sans adulte, un espace de liberté avec leurs codes et leurs langages, pour exprimer toute leur créativité, et aussi expérimenter les interdits.

Pour 89% des adolescents inscrits, les réseaux sociaux sont les lieux privilégiés des relations amicales, mais aussi des relations sentimentales pour 62% d’entre eux.

De ces nouvelles façons de s’approcher et de tester les attirances, de ces nouveaux codes à appréhender, un nouveau terme est apparu : Friendzoné. Aussi le nom d’un célèbre jeu chez les ados, ce terme désigne les quiproquos qui peuvent naître d’une relation numérique… Pour faire simple, il est beaucoup plus probable qu’avant de se faire des films sur une personne à cause d’interactions mal interprétées.

 

Comment voient-ils l’usage des réseaux sociaux ?

 

Une étude récente aux Etats-Unis, réalisée par l’association Common Sense Media, montrent que les adolescents sont parfaitement conscients de passer trop de temps sur leurs réseaux sociaux. Ils sont conscients qu’il n’est pas normal d’en être aussi dépendant.

Ils savent aussi que la conception de ces plateformes est faites exactement pour cela, et que c’est l’intérêt des sociétés qui sont derrière de les rendre accrocs. 72% d’entre eux disent être conscients qu’ils sont manipulés par les réseaux sociaux.

Mais, ils avouent ne pas pouvoir s’en passer. Cette réaction est assez normale. Nous savons que les adolescents ont tendance naturellement à rechercher des gratifications visibles et immédiates. Un impact néfaste qui est diffus et sur du moyen terme ne peut rentrer en ligne de compte dans leurs choix.

Ils sont heureux de cette liberté, mais en même temps ont le sentiment d’être livrés à eux-mêmes. En effet, ils aiment flirter avec les limites, expérimenter par eux-mêmes, mais dans cette période aussi excitante qu’angoissante, ils ont besoin d’être rassuré sur le fait qu’il existe un filet et des adultes bienveillants. Les conséquences d’un vol de données, d’un harcèlement, d’une campagne visant leur réputation, ils savent qu’ils auront à les assumer seuls. Les mauvaises décisions qui font partie de leur apprentissage peuvent avoir des conséquences irrattrapables, sans deuxième chance. De ce côté là, le numérique peut être anxiogène.

L’étude de Common Sense Media le montre. Ils ont besoin qu’on les guide, sans moralisation, dans ce monde qui apporte beaucoup de plaisir, mais aussi beaucoup d’angoisses, car ils savent que leurs parents ne sont pas les mieux placés pour les aider.

En conclusion, les adolescents de cette génération n’ont pas fondamentalement changé, mais leur univers est très différent du nôtre. C’est à nous d’essayer de le comprendre et de s’assurer que nos enfants ont la bonne formation et les bons outils pour prendre les bonnes décisions.

Comme dans la vraie vie…

*Sources (non exhaustives) et liens : 
Sondage BVA/Wiko de septembre 2018
Etude de l’association Common Sense Média : 2018 SocialMedia Social Life (En)
Enquête BornSocial 3eEdition 2018 de l’Agence Heaven

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